Le 10 mai dernier Guy et Marianne, mes amis qui demeuraient à Berlin, sont venus passer une nuit à Lyon car ils avaient légèrement changé leur itinéraire de voyage et c’était plus facile ainsi : au lieu de passer par l’Italie pour aller de la Suisse au sud de la France ils ont choisi de couper un peu vers l’ouest et de venir faire un saut à Lyon. Ça leur permis de laisser chez moi leurs gros sacs de voyage de 30 kilos puisqu’ils repassaient quelques jours plus tard après avoir rendu visite à Élise à Aix-en-Provence. Ils sont arrivés dans l’après-midi et nous sommes ensuite allés faire les courses afin de nous faire une bonne bouffe. Le soir, en parlant autour de la table, ils m’ont demandé si je voulais venir avec eu le lendemain pour faire du pouce jusqu’à Aix. J’ai réfléchi un petit moment puis je me suis dit que finalement quelques jours dans le sud ça ne me ferait pas de tort et j’ai accepté. Comme il y a plus de 300 kilomètres qui séparent Lyon de Aix et que l’auto-stop peut parfois s’avérer infructueux dans cette région nous devions prévoir du matériel de secours, en l’occurrence une tente une place (pour trois c’est un peu juste mais c’est mieux que rien). De fait, j’ai appelé Vincent le soir avant notre départ pour lui expliquer notre situation et il m’a assuré qu’il y avait une tente chez sa mère qu’il pouvait me prêter. Le lendemain, sa mère est partie de la lointaine banlieue lyonnaise expressément pour porter la tente chez Vincent en ville. Nous sommes allés la récupérer vers 11h30 pour ensuite filer directement vers la gare de Perrache où selon certaines sources il faisait bon tendre le pouce.
Arrivés au lieu-dit nous avons constaté avec déception que nous n’étions pas les seuls à tenter d’appâter les automobilistes : un homme se trouvait déjà là avec un petit carton brun sur lequel était écrit au stylo « St-Étienne » (du moins c’est ce que nous avons pu lire en allant lui parler, c’était illisible à deux mètres de distance). L’homme, à qui nous avions poliment demandé où il allait et où nous pouvions nous placer pour ne pas nous nuire mutuellement, nous a grommelé quelque chose qui, pour paraphraser, sonnait assez comme « Allez vous faire foutre ». Nous sommes allés nous placer à bonne distance de cet ostrogoth pour entamer nos manœuvres de séduction routière. À notre grande surprise, l’original s’approchait progressivement et vint pousser l’affront jusqu’à se piquer juste en face de nous. Nous lui expliquâmes avec beaucoup de calme que nous devions nous distancer parce que sinon les gens croiraient que nous sommes ensemble. Nous décidâmes d’aller nous fixer directement à l’entrée de l’autoroute, un peu plus loin. De là, nous vîmes notre forcené injurier et cracher sur les voitures qui passaient puis se jeter carrément au milieu de l’autoroute pour arrêter les automobilistes. Aussi étonnant que cela puisse paraître notre ami n’eut pas grand succès à fonctionner ainsi et, encore une fois, il s’approchait de nous avec détermination. Nous en eûmes marre et nous décidâmes de changer d’endroit encore une fois. Nous sommes allés nous poster devant un petit café ou il y avait une bretelle d’entrée vers l’autoroute. Nous brandîmes encore une fois nos pancartes en espérant trouver au plus vite pour filer loin du maniaque. D’ailleurs, devinez qui vint s’asseoir sur la terrasse du café derrière nous? Et oui! Lui-même. Nous commencions à moins aimer l’idée de le savoir près de nous et nous savions bien que son plan était de s’imposer lorsque nous aurions réussi à arrêter quelqu’un. Heureusement, un couple sortit peu après d’un immeuble à côté et nous proposa de nous amener à Vienne (la ville française, pas l’autrichienne). Nous sautâmes sur l’occasion, bien content de quitter enfin le timbré qui à bien y penser devait être un prisonnier venant d’être libérer. De fait, nous faisions du pouce juste à côté de la maison d’arrêt de Perrache, nous le saurons pour la prochaine fois…
Nous avons donc entamés la route et la journée s’est relativement bien déroulée. Nous avons été coincés un petit moment dans le très excitant village de Livron (où il y a des séances de poterie ainsi qu’un don de sang organisé au milieu du mois de mai) mais après nous en être sortis nous avons trouvé quelqu’un qui se rendait directement à Aix. En tout il nous aura fallu six voitures différentes et environ 7h30 pour nous rendre à destination.
Arrivés dans le village Élise nous attendait près de la Rotonde, une grande fontaine en plein centre. Nous avons pris dix minutes pour bien faire le tour de la ville puis nous avons cherché un petit resto pour aller nous sustenter. Nous arrêtâmes sur la terrasse d’un restaurant vietnamien qui offrait certains menus abordables. Le repas terminé, nous allèrent chez Élise qui depuis quelques temps avait dû quitter un magnifique appartement au centre-ville pour une minuscule chambre dans une résidence pour étudiants. Nous devions faire attention en entrant car les visites étaient interdites dans l’immeuble. Après avoir discuté un peu nous installâmes les couchettes improvisés dans la chambre : deux personnes dormaient dans le lit, une sur l’édredon et l’autre sur un matelas de sol.
Le lendemain, comme Élise était occupée pour la journée, nous décidâmes d’aller voir Marseille. Un bus fait la navette plusieurs fois par jour entre les deux villes alors nous n’avons pas eu de mal à nous rendre. La température était franchement incertaine à notre arrivée et il a plu une bonne partie de la journée. Après avoir fait un petit tour de la ville et avoir avalé un morceau nous avons pris le bateau pour nous rendre au château d’If, la fameuse prison dans le roman le Comte de Monte-Cristo d’où s’échappe Edmond Dantès. La visite du bâtiment était intéressante et nous avons pu voir et entrer dans plusieurs des cellules du château. Nous sommes ensuite repartis vers Marseille où nous avons eu un grand coup de barre. Nous avons pris un petit café pour nous réveiller un peu et nous sommes ensuite retournés prendre la navette vers Aix. Arrivés là nous avons rejoins Élise et nous avons fait le souper dans la cuisine de la résidence.
Le lendemain nous avons décidé de tenter l’ascension de la montagne Ste-Victoire, la fameuse montagne que peignait sans arrêt Cézanne. Nous avons pris une petite navette qui se rendait au pied de la montagne à partir du centre de Aix. De là nous avons fait quelques provisions à prix d’or (les épiceries dans les petits villages sont souvent hors de prix) et nous avons commencé la marche. Manque de bol, arrivés presque au sommet, là ou la montagne est dégarnie, il se mit à pleuvoir et nous devions chercher un endroit où nous arrêter pour manger. Après quelques tentatives infructueuses nous décidâmes d’aller rejoindre le prieuré tout en haut où nous nous sommes abrités tant bien que mal sous un arbre alors que le mauvais temps battait son plein. Après le pique-nique nous avons gravi les dernières marches qui nous séparaient de la croix du sommet et, selon la tradition, nous avons ouvert une bouteille de pastis. La descente fut beaucoup plus sportive que la montée car nous avons emprunté un flan de la montagne beaucoup plus accidenté. Nous sommes revenus à Aix à temps pour aller à l’épicerie et nous avons préparé le repas avant d’aller au lit.
Le lendemain c’était jour de plage. Nous sommes partis tôt le matin pour nous rendre à Cassis, petite ville en bord de mer, où moi et Élise avions déjà été dans un voyage précédant. Nous avons acheté quelques olives au marché public, deux baguettes et puis nous nous sommes dirigés vers une petite crique inconnue des touristes où nous avions la plage presque à nous seuls. Nous nous sommes baignés encore et encore dans l’eau claire et saline de la méditerranée en faisait une pause de temps à autre pour aller manger un bout sur la plage. À un moment moi et Guy étions au large en train d’observer un banc de poissons tropicaux quand Guy me dit qu’il sentait quelque chose de bizarre dans l’eau. Je plongeai la tête sous l’eau et je vis une méduse d’une dizaine de centimètres de diamètre juste devant mon nez. Nous avons décampés en vitesse et heureusement aucun de nous n’a eu de brûlures. Nous avons ensuite rangé nos affaires et nous sommes repartis prendre la navette vers Aix.
Le lendemain je me suis levé vers 5h15 pour aller attraper mon train qui m’a ramené chez moi à Lyon en matinée. J’ai fait un somme puis je me suis mis au boulot pour le reste de la journée.
Deux jours plus tard Guy et Marianne revenaient chez moi, ils avaient passé une autre journée à Aix et une à Laguiole, un petit village spécialisé dans la coutellerie. Comme ils étaient sur la fin de leur voyage et qu’ils devaient aller prendre l’avion à Paris quelques jours plus tard nous avons surtout pris ça relaxe et nous en avons profité pour faire un peu de cuisine. La veille de leur départ nous sommes allés voir Bienvenue chez les Ch’tis au cinéma, c’était bien marrant.
Après leur départ j’ai entamé le sprint final pour terminer toutes mes commandes ce qui fut fait hier à 19h. Maintenant, dans les cinq jours qui me restent à Lyon, je compte voir tous mes amis afin de leur faire mes adieux et mes aurevoirs, je vais régler tous les trucs administratifs et je vais vider mon appartement avant d’aller à Paris ce vendredi d’où je prendrai l’avion pour le Québec le lendemain.
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