jeudi 7 février 2008

Retour à la vie normale

La vie suit son cours normal depuis quelques semaines ici à Lyon. J’ai repris mon rythme de travail (même que j’ai l’impression de l’avoir augmenté), je fais les courses, je vois mes amis, etc. Déjà j’ai plus de la moitié du voyage derrière moi alors je commence à préparer mes derniers mois et je m’organise pour réussir à faire tout ce que je veux encore faire ici.

D’abord, j’aimerais beaucoup arriver à terrasser mon ennemie la plus vile ; elle est immense et grossit à une vitesse exponentielle, m’oblige à faire des centaines de pas pour lui arracher la victoire d’une bataille (mais pas de la guerre), me laisse souvent sans issue et me pèse sur le moral comme dix tonnes de briques. Vous avez bien sûr reconnu l’administration française et ses tentacules qui vous serrent la gorge et qui vous sucent toute l’énergie. De fait, comme je crois l’avoir déjà dit, je tente de déposer un formulaire pour bénéficier de l’allocation au logement, à laquelle j’ai droit. Je vous ai déjà fait le récit d’une partie de l’histoire il me semble : j’ai dû aller chercher un formulaire spécial que j’ai mis un temps fou à comprendre et à compléter parce qu’une partie du document devait être remplie par le propriétaire, j’avais besoin de certains documents que je n’avais pas, etc. Quand, finalement, le formulaire a été rempli, je m’en fus porter fièrement mes papiers et les documents nécessaires à la CAF (l’institution qui gère ce type de prestations) en ayant l’impression de voir enfin poindre le jour dans la nuit noire. Je me trompais : ce n’était pas le jour mais les lueurs des feux de bataille qui annonçaient que la guerre ne faisait que commencer. En effet, alors que je croyais avoir en main tous les documents nécessaires on me dit que le visa de séjour ne constituait pas un titre de séjour et que, conséquemment, je devrais me rendre à la préfecture du Rhône. Soit, je m’y suis rendu immédiatement en espérant pouvoir régler tout ça rapidement.

De toutes les institutions sociales que j’ai pu voir dans ma vie celle-là est de loin la plus terrible. Je pèse mes mots. Imaginez une petite salle sombre dans laquelle des centaines et des centaines de magrébins, d’algériens, de polonais, … sont entassés, se pilent presque les uns sur les autres, font la queue devant une machine distributrice de friandises… Sur le plafond est accroché un afficheur numérique et juste en-dessous se trouve un distributeur de numéros. Comme je me suis senti pris d’un grand vertige et profondément découragé je n’ai pas dépassé le portique à ma première visite et suis sorti immédiatement, pour échapper au plus vite à ce cirque.

En allant voir sur le net j’ai compris ce qu’impliquait la demande d’un titre de séjour. J’avais besoin de plusieurs documents que je n’avais pas, j’ai dû faire venir mon certificat de naissance original du Québec, me faire faire des photos d’identité, faire la demande d’une attestation de résidence auprès de la compagnie d’électricité, etc. J’ai voulu retourner à la préfecture un matin : celle-ci ouvre à 9h, j’y étais à 9h15. J’ai pris un numéro, le 479, l’afficheur montrait le 372. J’ai entendu un peu en me disant que ça irait probablement assez vite. Dix minutes plus tard le 373 sortait. Je suis donc sorti prendre une grande bouffée d’air frais pour éviter de m’ouvrir les veines et me suis rendu en ville pour m’y balader. Je suis revenu une heure plus tard : le 384 . Je suis reparti, j’ai été me faire couper les cheveux, j’ai marché, j’ai rencontré un ami et nous avons bavardés un peu pour revenir deux heures plus tard : le 410. Il était presque midi, j’avais faim, j’en avais plus que marre et je savais que je n’avais pas tous les papiers nécessaires pour me faire faire un titre de séjour. Je suis retourné chez moi, je ne sais pas si j’arriverai à dépasser cette étape. Mais assez parlé de mes mésaventures administratives.

Depuis quelques jours je travaille sur le visuel d’un chanteur-compositeur qui est devenu un bon copain et que j’ai été voir en spectacle avant-hier. Le concert se donnait sur une péniche-bar et a été très apprécié par tout le monde. Vincent, le chanteur, m’avait demandé de décorer la scène avec quelques unes de mes toiles pour créer un univers. Vous pourrez voir le résultat sur les quelques photos que j’ai prises pendant le spectacle.

On me dit qu’il neige à Québec; ici c’est plutôt automnal comme température. Il fait parfois au dessus de 15 degrés, les gens se baladent en pull ou même en t-shirt.

Je vous redonne des nouvelles bientôt.

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